Huile sur boisVers 1685Cadre en bois sculpté et doré d’époque Louis XVIInv. 2023.5.2
Ce tondo (tableau de format circulaire) d’un auteur anonyme de l’école française, acquis en 2023, donne un aperçu de la vie quotidienne des enfants de la haute société au XVIIᵉ siècle.
Rares au Moyen Âge et cantonnées à celles du Christ, les représentations d’enfants augmentent à partir du XVe siècle avec l’apparition des portraits du Dauphin et des enfants royaux. Le thème de l’enfance demeure cependant peu traité, à l’exception de certains artistes, comme les frères Le Nain, qui en ont fait un sujet privilégié.
Cette présence marginale s’explique par le contexte social d’une haute mortalité infantile. Sous Louis XIV, d’après Pierre Joubert dans son ouvrage Louis XIV et vingt millions de Français (1966), un enfant sur quatre, voire un sur trois, meurt avant l’âge d’un an, et près de la moitié des enfants n’atteint pas l’âge de dix ans. L’enfance est donc perçue comme éphémère et par conséquent, moins sujette à la figuration. Sur le tableau, les fleurs qui entourent la petite fille peuvent être interprétées comme une vanité : leur fraîcheur périssable rappelle la fragilité de sa condition enfantine.
L’œuvre Deux enfants jouant est toutefois réalisée dans le dernier tiers du XVIIe siècle où s’affirme le statut particulier de l’enfance et l’importance des toutes premières années de la vie. Selon Philippe Ariès, dans L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime (1960), les parents tendent à s’attacher à leurs enfants au cours du siècle et les moralistes commencent à développer l’idée que les enfants sont de fragiles créatures de Dieu que les adultes se doivent de protéger.
Dans ce double portrait, la petite fille est simplement vêtue d’une robe bleue et d’un bonnet à rubans rouges. Il est d’usage que les petits garçons portent aussi des robes simples par commodité hygiénique. Cependant les détails du costume du jeune garçon portraituré indiquent son âge plus avancé. Coiffé également d’un bonnet, il porte une jaquette, un type de robe sous laquelle apparaissent les manches en dentelle de sa chemise. La couleur de ses souliers est accordée au nœud de sa cravate, attribut de l’habit masculin adulte. Tous ces parements et les motifs de la jaquette témoignent de leur appartenance aux couches supérieures de la société.
Le portrait des enfants d’Henri-Louis Habert, seigneur de Montmor, conseiller au Parlement de Paris et maître des requêtes, rend compte des différences de costume au fil des âges au sein des classes aisées. À gauche, l’aîné Henri-Louis, dix ans, et son frère Jean-Balthazar sont vêtus comme des adultes. À droite, les jumeaux Louis et Jean-Paul, quatre ans et neuf mois, portent la jaquette.Les deux autres garçons entourent leur sœur Anne-Louise et l’unique fille, trois ans six mois. François, vingt-trois mois, à gauche, et Jean-Louis, huit mois, droite, portent comme elle la robe et le tablier.
On distingue dans la main gauche de la petite fille un véritable oiseau ou bien peut-être un simulacre de bois. Les figurines sculptées faisaient partie des objets ludiques destinés aux jeunes enfants les plus répandus. Louis XIII avait lui-même une pie-grièche à laquelle il tenait beaucoup. Parmi les petits jouets, le cheval de bois et le moulin à vent sont souvent représentés dans ce type de scène de genre. La poupée est plus rare et n’est pas seulement réservée aux filles.
Le jeune garçon tient quant à lui une raquette et un volant coloré. Le jeu du volant est un dérivé du jeu de paume, très populaire et pratiqué dans toutes les couches sociales. Il est délaissé par les gens “de qualité” à la fin du XVIIe siècle mais reste exercé par le peuple et les enfants des classes supérieures.
Le jeu du volant est à classer dans les jeux physiques qui complètent l’éducation sportive des garçons de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie. Ils reçoivent des leçons d’arme et d’équitation dans le but de les former à la guerre. Ils intègrent le collège vers l’âge de dix ans qui correspond à l’éducation secondaire où ils abordent des matières telle la grammaire, le latin, l’histoire, la géographie, l’arithmétique, l’astronomie, la philosophie ou encore la médecine.
Les filles en sont exclues et même si elles appartiennent à l’élite, elles reçoivent généralement une instruction peu approfondie. Elles peuvent rejoindre des pensionnats religieux entre sept et quinze ans où l’enseignement est plus rudimentaire. L’écriture constitue le premier enseignement. Le latin est absent mais pas les langues étrangères. Pour former des femmes accomplies, on enseigne aussi les travaux d’aiguille et les arts d’agrément (le dessin, la musique, la danse…).
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