Huile sur toileVers 1680-1685Cadre en bois sculpté et doré du XVIIe siècle Inv. 2022.15.1
Si le modèle est inconnu, son portrait est marquant par ses traits juvéniles, qui contrastent avec l’apparat de son habit et sa croix de pierreries, associés à une haute position dans la hiérarchie ecclésiastique. Nicolas de Largillierre livre ici la réalité d’une jeunesse participant de façon précoce à la vie du clergé.
L’anonyme porte une mosette ou un camail de soie moiré bleu-violacé, vêtement liturgique court qui descend jusqu’au milieu du torse. Il est boutonné par devant et muni d’une capuche. En dessous, on distingue par la légère ouverture de la mosette, un rochet. Cet habit de lin est souvent orné de dentelles aux poignets, sur le bord inférieur et quelques fois sur les épaules.
La mosette et le rochet sont les habits portés par les évêques, les cardinaux et certains prélats, dignitaires ecclésiastiques. Le modèle est donc probablement un jeune abbé, destiné à devenir évêque. En tant qu’abbé, il est titulaire d’un ordre et d’une commende, c’est-à-dire qu’il perçoit les revenus d’une abbaye et y exerce une certaine juridiction.
La croix pectorale, suspendue à son cou, marque aussi son appartenance à l’élite ecclésiastique, dont elle est un signe distinctif. Faite de métal précieux et de pierres, cette croix indique que le jeune homme est probablement issu d’une grande famille fortunée et ministérielle, de robe ou d’ancienne extraction.
Largillierre naît à Paris mais grandit à Anvers, il séjourne à Londres pendant vingt mois en 1665, alors qu’il n’est âgé que de neuf ans. Il pratique tôt le dessin et se nourrit de l’esthétique des grands portraitistes anglais tels que Peter Lely, dont il fréquente plus tard l’atelier, ou William Dobson. Il s’installe à Paris en 1679, où il se spécialise dans le genre du portrait, sur les conseils de Charles Le Brun. Le musée du Grand Siècle possède dans ses collections, une œuvre plus tardive dans la carrière de Nicolas de Largillierre, le Portrait de Philibert-Bernard Gagne de Perrigny, peint vers 1715.
Largillierre a sans doute peint Portrait d’un jeune prélat entre 1680 et 1685, alors qu’il est agréé par l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1683. Le tableau porte en effet les caractéristiques de la première période de la carrière de l’artiste : l’attention portée au visage du modèle, saisi dans la fraîcheur et le regard direct vers le spectateur. La restitution des boucles de la chevelure et de la transparence des deux pièces du rabat, laissant apercevoir le lacet tour de cou, ainsi que l’exécution de la mosette, montrent son agilité et l’extrême maîtrise de son métier de peintre.
L’artiste mêle ses références anglaises, une facture nette et soignée, une composition sobre, une verticalité prononcée ; à son héritage français par un dessin marqué par des maîtres comme Champaigne ou Nicolas Mignard. Le dessin est d’une grande lisibilité, mais assez raide, comme l’a souligné Dominique Brême au sujet du Portrait d’un jeune prince et de son précepteur, appartenant à la même période. Largillierre s’applique ainsi à représenter la jeunesse lorsqu’elle balance entre candeur juvénile et autorité.
Sous l’Ancien Régime, la noblesse favorise ses fils aînés qui héritent en priorité du patrimoine familial. Les cadets gardent toutefois leur place dans la famille et reçoivent une éducation adaptée aux ambitions que l’on nourrit pour eux. Ils sont relativement libres dans leurs choix de vie et ne sont donc pas nécessairement voués à la cléricature. Ils peuvent mener une carrière militaire, même si leur père ne leur achète pas une charge aussi élevée et onéreuse qu’aux aînés.
L’existence d’un corpus important de portraits gravés de jeunes abbés atteste qu’il est d’usage au XVIIe siècle de représenter les cadets de grandes familles de haute extraction et destinés à la vie sacerdotale. Le graveur Robert de Nanteuil (1623-1678) a notamment réalisé une série de portraits de cette jeunesse dont Nicolas de Largillierre a sûrement connaissance.
D’autres portraits peints de jeunes abbés, contemporains de celui du musée du Grand Siècle, sont connus par des reproductions gravées, comme le Portrait de l’abbé d’Auvergne, Henri Oswald de La Tour d’Auvergne par Hyacinthe Rigaud (1659-1743), ou encore le portrait du jeune abbé de Cossé, peint par Alexis Simon Belle (1674-1734). La majorité des portraits peints est toutefois perdue ou non localisée. En cela, ce portrait de jeune prélat constitue assurément une image unique et rare dans l’œuvre de Largillierre et de la peinture du XVIIᵉ siècle.
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