Atelier de François de Troy (1652-1733)Vers 1700Huile sur toileH. 81,6 ; L 65 cmInv. 2022.8.1
François de Troy est l’un des plus importants portraitistes français de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle. Originaire du Midi, il s’installe à Paris où il se forme auprès du célèbre portraitiste Claude Lefebvre. Reçu à l’Académie royale en 1694 comme peintre d’histoire, il y gravit progressivement tous les échelons, occupant différentes places hiérarchiques à l’Académie, passant d’adjoint-professeur à directeur de l’institution, avant de s’orienter principalement vers l’art du portrait.Très recherché par une clientèle fortunée, il répond à de nombreuses commandes privées et réalise, dans les années 1680-1690, plusieurs portraits de la famille royale. Il entre ensuite au service des ducs du Maine et de leur cour de Sceaux. Dans les années 1690, François de Troy devient également le principal peintre de la cour de Jacques II, alors installée à Saint-Germain-en-Laye. Entre 1698 et 1701, profitant d’une période d’apaisement entre la France et la Grande-Bretagne, les Jacobites, fidèles de Jacques II, peuvent traverser la Manche en emportant avec eux des portraits de la famille Stuart, contribuant ainsi à la diffusion de leur image et à la renommée de François de Troy.
Si la lettre de l’estampe indique que la composition de ce portrait est due à François de Troy (1645-1730), l’œuvre présentée n’est cependant pas l’original (dont la localisation n’est pas connue), mais une réplique exécutée dans l’atelier du peintre, comme l’a confirmé Dominique Brême. Celui-ci a avancé, avec précaution, le nom d’André Bouys (1656-1740). Ce peintre, membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture à partir de 1688, travailla en effet au début de sa carrière auprès de François de Troy.Le commanditaire du portrait présenté est le poète Nicolas Boileau lui-même. Nicolas Boileau (1636-1711) est l’une des plus éminentes figures de la littérature française du Grand Siècle. Membre de la Petite Académie (devenue l’Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres), il siège aussi à l’Académie française de 1684 à 1711. Proche de Molière, ami de Racine, son goût pour une langue claire et simple s’incarne dans deux fameux vers de son Art poétique :
« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,Et les mots pour le dire arrivent aisément ».
Au XVIIe siècle, une polémique agite le monde littéraire et artistique français. Il s’agit de la querelle des Anciens et des Modernes qui s’étend jusqu’au XVIIIe siècle. Cette querelle oppose deux groupes distincts : celui des Anciens dont le chef de file est Nicolas Boileau et celui des Modernes.Les Anciens soutiennent un genre littéraire qui repose sur l’héritage de l’Antiquité. D’après cette conception, les chefs-d’œuvre sont reconnaissables par le jugement du public ainsi que leur descendance et non par l’opinion d’une élite de savants. Ainsi, des auteurs de la Grèce ou de la Rome antique se retrouvent toujours acclamés même des siècles après. Cette vision n’exclut pas les auteurs contemporains tels que Corneille, Racine et Molière dont Nicolas Boileau affirmait qu’ils “seraient acclamés comme des génies dans les temps à venir”. Les Anciens voient aussi dans les travaux de l’Antiquité des modèles pour leurs œuvres.Les Modernes dont Charles Perrault (1628-1703) est le plus productif des partisans, soutiennent que le siècle de Louis XIV est supérieur à toutes les autres par sa perfection politique et religieuse. Cette vision repose sur les œuvres créés par les contemporains en l’honneur du roi et de la chrétienté considérés comme supérieures à celles de l’Antiquité qui prônent davantage de libertés. Contrairement aux Anciens, les Modernes ont des institutions qui les défendent telles que l’Académie française, les salons littéraires et le parti dévot, une faction catholique influente à la cour de France.Le premier évènement où les deux partis se confrontent est en 1637, durant l’une des représentations du Cid de Corneille au Théâtre du Marais. En effet, les Modernes accusent Corneille d’antipatriotisme et d’offenser la morale chrétienne. Corneille n’accepte pas ces critiques malgré le fait que l’Académie française les soutienne.De 1663 à 1667, les Modernes s’attaquent toujours à plusieurs auteurs du parti des anciens. On compte parmi ces attaques, celle contre L’Ecole des femmes de Molière et contre Andromaque ou encore Phèdre de Racine. En représailles, Nicolas Boileau publie en 1666 les Satires où il se moque des auteurs contemporains faisant parti des Modernes.Il faut attendre 1677 pour que les Modernes remportent une victoire significative. Cette dernière intervient dans la “querelle des inscriptions”. En effet, il est décidé que ces inscriptions, principalement gravées sur les monuments du règne, soit inscrits en français et non en latin.Entre 1688 et 1697, Charles Perrault écrit les quatre volumes du Parallèle des anciens et des modernes où il démontre ses idées sur la littérature. Boileau lui répond par des épigrammes (poèmes courts) satiriques.Les deux partis se réconcilient finalement le 30 aout 1694, marquée par l’embrassade entre Charles Perrault et Nicolas Boileau en public à l’Académie française.
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