Objets d'art

Microscope d’entomologiste

Nicolas Bion

Nicolas Bion (1652-1733)

Vers 1700
Laiton doré, fondu et gravé
H. 9 cm
Inv. 2023.21.1

Cette image montre un microscope ancien pliable. Une longue tige cylindrique est montée sur un mécanisme à bras articulés permettant d'ajuster sa position. Une plaque courbe en laiton porte l'inscription gravée « N. BION A PARIS », indiquant le fabricant. A l'arrière on aperçoit l'étui de l'objet.
Nicolas Bion (1652-1733), Microscope d’entomologiste, vers 1700, laiton dorée, fondu et gravé, H. 9 cm. Département des Hauts-de-Seine, musée du Grand Siècle, inv. 2023.21.1 © CD92 / Willy Labre

Le microscope d’entomologiste de Nicolas Bion

Cette image est une gravure en taille-douce représentant Nicolas Bion, fabricant d’instruments scientifiques établi à Paris à la fin du XVIIᵉ et au début du XVIIIᵉ siècle.
Nicolas IV de Larmessin (1684-1755), Nicolas Bion ingénieur du roy pour les instruments de mathématique, estampe, burin. Paris, Musée Carnavalet, inv. G.19272 © Paris Musée

Acquis en 2023 par le musée du Grand Siècle, le microscope d’entomologiste de Nicolas Bion est un instrument scientifique permettant d’étudier les insectes. Au XVIIe siècle, l’entomologie et la microscopie en sont encore à leurs débuts et les microscopes de cette période sont peu nombreux.

Présenté avec son étui gainé de chagrin noir, l’instrument est fabriqué principalement en laiton, un alliage de cuivre et de zinc, matériau apprécié par les scientifiques de l’époque pour la création d’outils scientifiques du fait de sa malléabilité et de sa ressemblance avec l’or, tout en étant bien moins onéreux.

La lentille en verre, enchâssée entre deux plaques de laiton, doit être produite selon Nicolas Bion, à partir de verre très pur sans la moindre bulle d’air. Elle est de forme convexe et arrondie de manière régulière et symétrique. L’objectif est de faire converger les rayons lumineux vers un seul point : le foyer. Il faut enfin la polir parfaitement par l’utilisation de poudres abrasives de plus en plus fines, avant de la fixer à l’armature en laiton.

La troisième partie importante de ce microscope est la tige articulée terminée par une pince où l’objet d’observation est placé. Elle permet de l’éloigner ou le rapprocher de la lentille par un système de vis et glissières.

L’objet a aussi la particularité de ne posséder qu’une seule lentille contrairement aux microscopes composés qui en ont plusieurs. Il possède ainsi l’avantage d’être moins sujet aux aberrations chromatiques. L’aberration chromatique est un défaut lié aux différentes fréquences de dispersion de la lumière à travers la lentille, provoquant une image floue et aux contours irisés. Tandis qu’un microscope composé additionne les aberrations chromatiques de plusieurs lentilles, le microscope “simple” qui n’en a qu’une seule y est moins sujet.

Page de titre ancienne en français, imprimée sur papier jauni. Le titre en grandes lettres capitales indique : « Traité de la construction et des principaux usages des instruments de mathématique ». Le texte précise qu’il est illustré de figures nécessaires à sa compréhension et dédié au duc d’Orléans. L’ouvrage est attribué à Le S. N. Bion, ingénieur du roi pour les instruments de mathématiques. En bas de la page figurent les mentions d’édition à Paris, chez les imprimeurs Boudot et Colombat, ainsi que la date en chiffres romains « MDCCIX » (1709). Un cachet circulaire rouge de bibliothèque est visible sur la partie inférieure droite de la page.
Nicolas Bion (1652-1733), Traité de la construction et des principaux usages des instrumens de mathematique, Paris, éditeur : Veuve Jean Boudot, Jean Collombat, Jean Boudot fils, 1709. Paris, Bibliothèque nationale de France © gallica.bnf.fr / BnF

L’objet est signé “N. Bion à Paris”, ingénieur et cosmographe du Roi sous le règne de Louis XIV. Il est l’auteur de plusieurs traités à succès sur la fabrication des instruments dont le Traité de la construction et des principaux usages des instruments de mathématiques (1709) dans lequel il consacre plusieurs chapitres à l’optique. Dans sa boutique située au quai de l’Horloge, sur l’Île de la Cité, on pouvait se procurer toutes sortes d’instruments de mathématiques et d’astronomie, allant des plus simples — tels que les compas, règles et équerres — aux plus sophistiqués et spécialisés, destinés notamment à la cartographie, aux fortifications, à la navigation ou encore à l’astronomie.

L’introduction du microscope dans l’étude des insectes : un tournant majeur

Le microscope de Nicolas Bion succède au microscope “simple” déjà inventé vers 1670 par le biologiste néerlandais Antoni Van Leeuwenhoek (1632-1723). La qualité de ses lentilles permettait de grossir l’objet observé jusqu’à 200, voire 300 fois. Il s’agissait d’une avancée technique majeure, les instruments de l’époque ne dépassant généralement pas un grossissement de 30 fois.

Cette invention lui permit de faire nombre de découvertes entomologiques. L’entomologie est une partie de la zoologie qui a pour objet les insectes. Ce terme provient étymologiquement du grec “entomos” qui désigne quelque chose de découpé, ou segmenté, référence au corps des insectes, composé de la tête, du thorax et de l’abdomen.

La plus grande contribution scientifique de Antoni Van Leeuwenhoek en la matière est probablement celle qui réfute la théorie de la génération spontanée. Développée par Aristote, il explique que les insectes naissent de la matière en putréfaction. Sa théorie repose sur l’observation de phénomènes du quotidien, comme l’apparition d’insectes sur la viande, sans réussir à en voir la véritable cause : les œufs, trop petits et donc invisibles à l’œil nu. Il faut attendre le Grand Siècle et le microscope de Leeuwenhoek pour observer certains insectes pondant des œufs… Cela le mène à affirmer qu’un être vivant ne peut provenir que d’un autre être vivant.

Illustration botanique et naturaliste ancienne sur fond blanc, encadrée d’un filet rouge. Deux tulipes occupent le centre de la composition : une grande tulipe aux pétales rose pâle et orangés, étiquetée « Abricot pennaché », et une tulipe plus petite aux pétales blancs striés de rose, étiquetée « Grinceq ». Autour des fleurs sont représentés plusieurs animaux : un papillon aux ailes jaune, noir et brun à gauche, un longicorne vert-brun aux très longues antennes en haut à droite, un papillon aux ailes largement déployées en bas à droite, et un escargot à coquille brune dans l’angle inférieur droit.
Nicolas Robert (1614-1685), Deux tulipes ‘cassées’, un scarabée, un escargot et deux papillons, sans date, aquarelle sur vélin. Cambdrige, The Fitzwilliam Museum © The Fitzwilliam Museum, Cambridge

Plus généralement, la France est marquée au XVIIe siècle par une attention particulière pour l’étude des animaux. L’Académie royale des sciences encourage notamment les études anatomiques et les descriptions méthodiques. Les naturalistes cherchent à décrire, classer et comprendre le règne animal. Des savants comme Claude Perrault (1613-1688) et Joseph-Guichard Duverney (1648-1730) font progresser l’anatomie comparée grâce à la dissection, notamment celle des animaux exotiques de la Ménagerie royale, fondée à Versailles en 1663.

Des artistes participent aussi aux travaux de l’Académie, il en est ainsi pour Nicolas Robert (1614-1658) qui illustre les Mémoires pour servir à l’histoire des plantes (1676). Un projet voulu par Colbert dans le cadre de sa politique de promotion des sciences au service de la gloire du Roi et dirigé par le botaniste Denis Dodart (1634-1707).

Bibliographie

  • Claire BOUYRE, “Van Leeuwenhoek Antonie (1632-1723)”. Encyclopædia Universalis [en ligne]. Disponible sur : https://www.universalis.fr/encyclopedie/antoine-van-leeuwenhoek/ (consulté le 1er juin 2026).
  • Albert POMME DE MIRIMONDE, “Un Peintre de la réalité : Nicolas Robert “, dans La Revue des Arts, 1958, 2, p. 82-84.
  • Anthony TURNER, “Nicolas Bion, Globe-maker, instrument-maker, author and business man” dans Globe Studies, no. 59/60, 2014, p.198-218.