16??Huile sur toileH. 130 cm ; L. 170 cmInv. 2022.13.1
Acquis en 2022 par droit de préemption, ce tableau de Jean Lemaire (1598-1659), illustre le courant artistique de l’atticisme parisien qui se développe au cours du XVIIe siècle. Par ailleurs, l’œuvre aborde aussi la figure du héros prédestiné, thème très prisé au Grand Siècle.
Thésée retrouvant les armes de son père reflète l’un des thèmes les plus appréciés au XVIIe siècle : la figure de l’Élu. En effet, l’œuvre met en scène l’histoire du héros grec Thésée, racontée dans les Vies des hommes illustres de Plutarque, aussi appelées les Vies Parallèles écrites entre 100 et 120 avant notre ère, dans lesquelles l’auteur y consacre des récits sur les grands personnages de la Rome et de la Grèce Antique.
L’une des histoires les plus célèbres est celle de Thésée, dont l’un des exploits majeurs est d’avoir affronté le Minotaure dans le labyrinthe de Crète. Dans le tableau peint par Jean Lemaire, le peintre choisit un épisode antérieur et décisif dans la vie de Thésée : la découverte de sa filiation avec Égée, le roi d’Athènes. Il est aussi le fils d’Æthra, la fille de Pitthé, roi de Trézène, chargée par Égée de révéler la vérité à Thésée s’il réussit à soulever le rocher en dessous duquel, le roi a déposé ses sandales d’or et son épée. Dans cette scène, Æthra lui désigne la cachette et Thésée parvient à récupérer l’épée de son père, confirmant ainsi qu’il est bien le futur roi d’Athènes.
Cet épisode est illustré par de nombreux peintres, comme par exemple Laurent de la Hyre, qui privilégie le moment où le héros soulève la pierre dans son tableau aussi intitulé Thésée retrouvant les armes de son père (1639-1641). Dans sa monographie du peintre, Jean Lemaire, pittore “antiquario” (1996), le critique d’art Maurizio Fagiolo dell’Arco décompte six tableaux et dessins traitant de ce mythe.
Concernant le paysage où évolue son héros, Jean Lemaire compose un paysage antique mis en exergue par un jeux de lumière et des sites antiques existants comme la colonnade arrondie à l’arrière-plan, inspirée probablement du théâtre maritime de la Villa de l’empereur Hadrien construite au IIe siècle. Les blocs de marbre ornés de bas-reliefs ainsi que le bâtiment sur la gauche ont peut-être été inventés par l’artiste. Stéphane Loire, conservateur en chef au département des Peintures au musée du Louvre, cite l’œuvre de Jean Lemaire comme « l’une des tentatives les plus abouties pour donner une vision moderne de la Rome Antique« .
Jean Lemaire (1598-1659), détail d’une colonnade sur Thésée retrouvant les armes de son père, 16??, huile sur toile. Département des Hauts-de-Seine, musée du Grand Siècle, inv. 2022.13.1 © CD92 / Julien Garraud
Théâtre maritime de la villa Adriana, près de Tivoli, vu du sud © Wikimedia Commons – 2006[
Dans son ouvrage Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes, André Félibien (1619-1695), historien de la peinture du XVIIe siècle, documente précisément la vie et la carrière de Jean Lemaire. Il est l’élève du peintre Claude Vignon (1593-1670), peintre de cour sous la protection de Louis XIII. Jean Lemaire est un spécialiste des paysages représentant des ruines antiques. Les monuments qu’il peint sont inspirés de sites grecs ou romains, réels ou imaginaires. Maurizio Fagiolo dell’Arco, le qualifie même de “peintre antiquaire”.Le style de Jean Lemaire s’inscrit ainsi dans le mouvement artistique de « l’atticisme parisien » qui émerge sous la régence d’Anne d’Autriche. Ce mouvement se réfère à l’art antique où des décors de ruines sont envahis par une végétation prolifère. Les peintres utilisent des coloris clairs et peu saturés, leur touche est lisse et finie jusqu’au porcelainé, avec des contours nettement marqués. L’atticisme est aussi marqué par l’application rigoureuse des règles de la perspective.
Jean Lemaire est parfois surnommé Jean Lemaire-Poussin en raison de son étroite coopération avec Nicolas Poussin. Il partage avec lui le même atelier de peinture à Rome à partir de 1624. La promiscuité des deux artistes est telle que d’après les Stati delle anime, registres paroissiaux italiens, ils cohabitent tous les deux en 1630.Du fruit de leur collaboration, il reste un tableau à quatre mains Thésée retrouve l’épée de son père (1638) où les éléments architecturaux sont attribués à Jean Lemaire et les figures à Nicolas Poussin.
Jean Lemaire et Nicolas Poussin reçoivent ensemble des commandes prestigieuses : le décor du palais royal du Buen Retiro à Madrid et le décor de la Grande Galerie du Louvre, projet aujourd’hui disparu pour lequel Jean Lemaire a assisté Nicolas Poussin.Dans l’œuvre préemptée par le musée du Grand Siècle, Thésée retrouvant les armes de son père, Jean Lemaire cite le tableau Les Bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin, en reproduisant notamment la posture du berger agenouillé sur la posture de Thésée.
Jean Lemaire (1598-1659), détail sur Thésée retrouvant les armes de son père, 16??, huile sur toile. Département des Hauts-de-Seine, musée du Grand Siècle, inv. 2022.13.1 © CD92 / Julien Garraud
Nicolas Poussin (1594-1665), détail du berger agenouillé sur Les Bergers d’Arcadie, 1638-1640, huile sur toile. Paris, musée du Louvre, inv. 7300 © Musée du Louvre
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