Vers 1700, d’après l’original de 1691 Bronze patiné Socle en bois moderneInv. 2024.9.1
Ce groupe sculpté, composé d’un socle, d’un cheval et de son cavalier, est une statue équestre de Louis XIV destinée à la place Louis-le-Grand de Lyon, actuelle place Bellecour. Le roi a le regard tourné vers la gauche, son visage est celui d’homme de 40 ans, plus jeune que le roi au moment de la création du bronze. Il monte un cheval à la musculature puissante, dont l’antérieur gauche est levé. Il porte une perruque à la mode des années 1690 tout en étant représenté à l’antique. Louis XIV a en effet les pieds chaussés de sandales et son vêtement, constitué d’une cuirasse et de lanières, est très richement orné. Une longue pièce d’étoffe, jetée sur ses épaules, se déploie en cascade sur la croupe du cheval.
La démonstration de sa puissance est renforcée par la manière dont il maîtrise son imposant destrier. Il tient les rênes de sa seule main gauche et de la main droite son bâton de commandement. Dépourvu de selle et d’étriers, le roi est simplement assis sur un tapis orné d’un soleil rayonnant, affirmant ainsi sa parfaite maîtrise de l’animal.
Ce type de monument équestre érigé à la gloire de Louis XIV s’inscrit dans une longue tradition de la statuaire européenne. La statue équestre de Marc Aurèle par Michel-Ange, installée sur la place du Capitole à Rome, constitue l’un des exemples les plus célèbres et les plus anciens de diffusion de l’image du pouvoir par l’art. Monumentale, elle s’inscrit dans l’espace urbain et s’offre au regard de tous.
À partir de 1685, avec l’aménagement de la place des Victoires à Paris, un mouvement de multiplication des places royales sur le territoire français naît de la volonté politique de Louis XIV, alors au sommet de sa puissance, et du marquis de Louvois, son ministre de la Guerre et surintendant des Bâtiments du roi. La place royale se caractérise par un ordonnancement harmonieux de façades similaires. Conçue comme un véritable écrin, elle met en valeur une statue du roi placée en son centre.
À Lyon en revanche, la place n’est presque pas bâtie et appartient au type de la « place promenade ». En 1688, la ville commande au sculpteur Martin Desjardins cette œuvre pour la somme de 90 000 livres. Achevée vers 1691, elle est finalement installée sur son piédestal le 27 décembre 1713. Un tableau de Charles Grandon (1691-1762) évoque cette inauguration, au cours de laquelle un imposant échafaudage conçu par l’ingénieur Claude Perret permit de hisser la sculpture en seulement trente minutes, une véritable prouesse technique pour l’époque.
Charles Grandon (1691-1762), Inauguration de la statue de Louis XIV par Desjardins, vers 1715, huile sur toile. Musée des Beaux-Arts de Lyon, en dépôt au musée Gadagne © Tusco, 2013, CC BY-SA 3.0. Wikimedia Commons.
A. Le Clerc, d’après Charles Grandon, Dessein géométral de la machine qui a servi pour l’élévation et le placement de la statue équestre du Roy sur le noyau de son piédestal dans la ville de Lyon, au milieu de la place Louis-le-Grand, vers 1713. Paris, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie © gallica.bnf.fr
Après l’installation de la statue équestre de Desjardins, la place royale est baptisée « place Louis-le-Grand », un nom qu’elle conserve jusqu’en 1790. Le monument est détruit le 28 août 1792 par les révolutionnaires et remplacé en 1825, lors de la Restauration, par une nouvelle œuvre du sculpteur lyonnais François-Frédéric Lemot, représentant le même Roi-Soleil et visible aujourd’hui sur la place Bellecour. De la statue originale ne subsistent que les deux figures allégoriques du Rhône et de la Saône, réalisées par les frères Costou et aujourd’hui conservées au musée des Beaux-Arts de Lyon.
Agence des Bâtiments du roi, Statue allégorique du Rhône sur le piédestal de la statue équestre de la place Bellecour, 1714, crayon noir, plume et encre de Chine, lavis d’encre de Chine, aquarelle. Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie © gallica.bnf.fr
Martin van den Bogaert (1637-1694) est un artiste néerlandais qui prend en France le nom de Martin Desjardins. Quand il reçoit la commande de la statue royale pour la ville de Lyon, il est déjà académicien et l’auteur reconnu de la statue de Louis XIV, cette fois-ci en pied, sur la place des Victoires à Paris, elle aussi détruite sous la Convention et remplacée pendant la Restauration.
Le sculpteur contribue largement à la diffusion de la gloire de Louis XIV. Il est notamment chargé de réaliser la statue destinée à la place d’Aix-en-Provence, un projet qui ne verra jamais le jour et qui devait représenter le souverain sur un cheval cabré. Il joue également un rôle majeur dans les grands chantiers de Versailles, pour lesquels il exécute plusieurs statues et reliefs destinés à orner les façades du palais. Le sculpteur contribue largement à la diffusion de la gloire de Louis XIV. Il est notamment chargé de réaliser la statue destinée à la place d’Aix-en-Provence, un projet qui ne verra jamais le jour et qui devait représenter le souverain sur un cheval cabré. Il joue également un rôle majeur dans les grands chantiers de Versailles, pour lesquels il exécute plusieurs statues et reliefs destinés à orner les façades du palais.
Pour le projet lyonnais, Martin Desjardins n’a pas œuvré seul. Afin de concevoir son monument, il s’appuie sur les dessins et les instructions du Premier architecte des Bâtiments du roi, Jules-Hardouin Mansart, concepteur du piédestal. En 1691, il engage ensuite Jean Robert pour modeler le grand modèle en plâtre. La fonte est exécutée par une équipe d’ouvriers dirigée par Roger Schabol à la fonderie Keller à Paris, entre mars 1693 et mai 1694. La statue est colossale, elle mesure 6,50 mètres de hauteur et 5,50 mètres de longueur. S’ensuit un long périple pour l’œuvre qui débute pendant l’été 1700. Transportée par bateau sur la Seine jusqu’à Rouen, puis jusqu’au Havre, elle emprunte ensuite la voie maritime en longeant la façade atlantique, franchit le détroit de Gibraltar, remonte le Rhône et atteint finalement Lyon.
Les réductions en bronze du modèle de la statue lyonnaise ont connu un succès particulier, peut-être parce que l’œuvre originale a été une des rares de ces sculptures inaugurées du vivant du roi. La présence de bronziers, autour de Martin Desjardins, explique sans doute le nombre important de ces réductions, qui étaient souvent offertes aux personnages importants du royaume et rencontraient le goût des amateurs pour la petite sculpture en bronze. Elle se retrouve ainsi dans plusieurs musées en France et à l’étranger (New York, Metropolitan Museum ; Cambridge, Fogg Art Museum ; Londres, Royal Collections et The Wallace Collection ; Paris, musée Carnavalet ; Lyon, musée des arts décoratifs).
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