Michel II Corneille (1642-1708)

Le Repentir du Grand Condé

Un modello est une œuvre, généralement esquissée et à une plus petite échelle, pour préparer le tableau définitif. Cette esquisse met en scène, à travers des symboles historiques et allégoriques, la gloire militaire du Grand Condé, prince du sang, cousin de Louis XIV.

Découverte interactive de l'œuvre

Notice détaillée de l'œuvre

Le Repentir du Grand Condé - h. : 66,5 cm ; l. : 81 cm, cadre en bois doré et sculpté Louis XIV (rapporté). Modello pour le tableau conservé au château de Chantilly, vers 1691

Une esquisse pour une commande d’un prince du sang

Fils de Louis II de Bourbon-Condé, appelé « Monsieur le Prince » ou le « Grand Condé », le prince Henry-Jules de Bourbon-Condé, commande une grande toile consacrée aux exploits militaires de son père au peintre Michel II Corneille (1642-1708). Celui-ci reçoit deux acomptes de 200 livres pour ce travail en 1691, et livre l’œuvre l’année suivante. La toile doit compter parmi les douze toiles destinées orner la galerie des actions de Monsieur le Prince, aménagée par Jules Hardouin-Mansart dans le petit château de Chantilly. Avant de mourir, le Grand Condé avait en effet souhaité magnifier ses hauts faits d’armes à travers des tableaux de grand format restituant ses victoires remportées entre 1640 et 1674, au service du roi son cousin.

Entre révolte et repentir : l’apologie du héros grâce à l’Histoire 

Le jeune duc d’Enghien, qui ne devient quatrième prince de Condé qu’en 1646, remporte en 1643, dès l'âge de 21 ans, la bataille de Rocroi contre les Espagnols. Comparé à César et à Alexandre, Enghien remporte ensuite beaucoup de victoires. Pendant la Régence, il soutient d’abord la reine mère Anne d'Autriche et favorise la paix de Rueil. Mais son opposition grandissante au cardinal Mazarin le fait basculer dans le camp de la Fronde, puis du côté espagnol. 

Le modello présente ainsi le prince de Condé, vêtu à la manière d’un chef de guerre romain, qui retient de la main gauche la trompette de la renommée qui allait proclamer ses victoires au service de l’Espagne contre la France. Dans la version définitive de la toile du château de Chantilly, on peut lire sur le phylactère, sorte de petite banderole blanche sur laquelle sont inscrites les paroles en latin du personnage central, « Sileat », c’est-à-dire « qu’elle se taise ». En effet, il était peu opportun de rappeler la révolte de Condé contre la reine mère régente, le cardinal Mazarin et le jeune roi, à partir de 1650, et son ralliement aux Espagnols. Une seconde renommée, à gauche, proclame le repentir du prince, par cette inscription sur un autre phylactère : « Quantum poenituit », ce qui signifie « tout ce dont il se repent ». Le traité des Pyrénées de 1659 assure en effet le pardon royal à Condé, peu avant le mariage de Louis XIV et de l'infante Marie-Thérèse d'Espagne. La guerre s'étant rallumée entre la France et l'Espagne, Condé retrouve un commandement dans les armées du roi. L’esquisse ne reproduit pas les inscriptions latines de la version définitive mais déploie déjà toutes les figures allégoriques et mythologiques disposées autour du prince. En bas à gauche, la muse de l’Histoire, Clio, fille de Jupiter et de Mnémosyne (déesse de la Mémoire), et inspiratrice des poètes, notamment Homère, arrache les mauvaises pages de son livre, assise sur le dos de Saturne, dieu du Temps. En montrant deux renommées et l’intervention morale du prince, le discours de l’œuvre reste équivoque : toutes les gloires militaires du Grand Condé sont suggérées, qu’elles soient pour ou contre la France. Sa valeur dépasse les frontières et les errements personnels et ceux de l’Histoire. Le héros met ainsi lui-même en scène les enjeux moraux et mémoriels de son repentir, de façon magnanime, tout en manifestant sa fidélité au roi et en s’appuyant sur le pardon royal.

Une œuvre préparatoire d’un artiste rompu aux grands décors

L’œuvre relève ainsi de la peinture d’histoire, genre le plus élevé dans la hiérarchie des sujets peints, et dans lequel excellait Michel II Corneille, appelé aussi Michel Corneille l'Aîné pour le différencier de son frère Jean Baptiste Corneille (1649-1695). Cet artiste est formé par son père Michel Corneille l’Ancien, fait le voyage d'Italie et se présente dès 1663 à l'Académie royale de peinture et de sculpture, même s’il ne présente son morceau de réception que dix ans plus tard, du fait de ses multiples travaux. Il contribue ainsi aux décors royaux du château de Versailles (salon des Nobles), de Fontainebleau, du Grand Trianon ou de Meudon. Il réalise également des peintures pour plusieurs églises parisiennes, notamment la cathédrale Notre-Dame, l'église de l'ordre des frères mineurs capucins ou la chapelle Saint-Grégoire de l'hôtel des Invalides. Influencé par l'art des Carrache, et proche du peintre Pierre Mignard, Michel II Corneille maîtrise la culture savante et l’art du décor qu’il sert à travers une palette vive et vibrante, plus chatoyante encore dans l’esquisse que dans l’œuvre finale.

Pour aller plus loin

  • BABELON, Jean-Pierre, Le château de chantilly, Paris, 1999.
  • BEGUIN, Katia, Les princes de Condé. Rebelles, courtisans et mécènes dans la France du Grand Siècle, Paris, 1999.

 

 

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