La Présentation de la Vierge du Temple, vers 1645

Huile sur panneau, signée en bas à droite, 71 x 47,8 cm

Cadre en bois sculpté et doré (rapporté)

Cette œuvre majeure, acquise auprès de la galerie Michel Descours en 2020, provient de l’oratoire privé de la reine régente Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, au Palais Royal.

Découverte interactive de l'oeuvre

Des talents variés pour une commande de la reine-régente

Cinq mois après la mort du roi Louis XIII (mai 1643), alors que le jeune Louis XIV n’a pas cinq ans, la reine Anne d’Autriche s’installe au Palais que le cardinal de Richelieu avait de léguer au roi en mourant et qui devient dès lors le « Palais Royal ». La reine s’y fait aménager un petit appartement à l’extrémité de l’aile orientale sur le jardin, dont le chantier est confié au Premier architecte du roi, Jacques Lemercier (vers 1585-1654). Il comprend une chambre à alcôve, un cabinet des Bains, une petite galerie, enfin un oratoire, pour le décor duquel les meilleurs artistes de la Couronne sont sollicités et mis ainsi en concurrence : Jacques Stella, Philippe de Champaigne, Laurent de La Hyre, Sébastien Bourdon, Jacques Sarrazin, Michel Corneille, Michel Dorigny, Charles Poerson et Simon Vouet. Ce dernier conserve une place prépondérante, y compris à travers ses élèves, comme Dorigny, encore actif dans son atelier, mais aussi Corneille et Poerson, qui en sont issus, ainsi que Bourdon qui y a travaillé après son retour de Rome. 

Depuis les anciens temps de la monarchie française, les reines doivent servir la foi catholique. Le caractère ostentatoire autant que privé des pratiques de dévotion fait de la reine la médiatrice spirituelle entre le roi et son peuple. La reine est requise pour tous les actes liturgiques publics et les aumônes auprès des pauvres, des fondations religieuses et des maisons caritatives. Elle doit également assurer le rôle de sa chapelle, instrument de patronage, faisant partie de la Maison de la reine.

Pour ce chantier de l’oratoire, qui se déroule de 1644 à 1645, Jacques Stella réalise trois tableaux :  La Naissance de la Vierge, La Présentation de la Vierge au Temple et Le Christ retrouvé par ses parents dans le Temple. Par ce type de commande, la reine, princesse espagnole très pieuse, entend également conserver la fidélité de ces artistes, alors que la Régence est déjà entrée dans une période délicate, quand son pouvoir est remis en cause à travers la figure honnie de son premier ministre, le cardinal Jules Mazarin. 

La vie de la Vierge, sujet de la piété de la reine, intermédiaire entre Dieu et les hommes

La Présentation de la Vierge du Temple atteste la dévotion particulière, privée et personnelle de la reine-régente pour la Vierge Marie, mère du Christ, qui s’inscrit dans le contexte de la réforme catholique. La dévotion mariale n’a en effet cessé de progresser dans la Chrétienté, malgré la réforme protestante. Le 10 février 1638, Louis XIII signait un édit de consécration du royaume de France à la Vierge Marie : « nous mettons particulièrement nostre Personne, nostre Etat, nostre Couronne, et tous nos Sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Saincte Trinité, par son intercession, et de toute la Cours céleste, par son autorité et exemple ». Ce vœu solennel de Louis XIII exprime la piété royale, en remerciement de la grossesse de la reine Anne d’Autriche, qui donne enfin un héritier à la Couronne, Louis Dieudonné, « donné par Dieu », le futur Louis XIV. Le Nouveau Testament ne livre aucune mention des épisodes de l’enfance de la Vierge Marie, lesquels s’inspirent d’écrits apocryphes chrétiens. La présentation de Marie au Temple est ainsi tirée des chapitres VII et VIII du proto-Evangile de Jacques (depuis le IIe siècle), du chapitre V de l’Evangile du pseudo-Matthieu (entre le Ve et le VIIe siècle) et de la Légende dorée de Jacques de Voragine. Née par miracle de Joachim et Anne, alors qu’ils étaient déjà d’un âge avancé, Marie est présentée, à l’âge de trois ans, au Temple de Jérusalem. Cet événement devient une fête sous le règne de Justinien, le 20 novembre 543, étendue à toute l’Eglise par Sixte V en 1585. La présentation de Marie devient le symbole de la consécration et de la disponibilité de la Sainte Vierge à Dieu. Pour le cardinal Pierre de Bérulle, fondateur de l’Oratoire en France, Dieu consacre Marie « à son Temple, pour marque et figure qu’elle sera bientôt consacrée au service d’un temple plus auguste et plus sacré que celui-là ». Stella n’a pas représenté une enfant de trois ans, mais une petite fille plus âgée, aux longs cheveux blonds roux bouclés, avec beaucoup de naturel. Marie, les bras croisés, comme dans presque toutes les représentations médiévales, a gravi seule l’escalier qui la conduit jusqu’au grand prêtre et à l’autel. La vivacité et la fraîcheur de sa figure et de sa posture inclinée tranchent avec l’aspect hiératique des autres personnages, que ce soit Anne et Joachim à gauche, ou le grand prêtre, lesquels s’inscrivent dans une composition claire et structurée, selon une perspective ascendante. La mise en page s’appuie sur une architecture à l’antique, dans le goût de l’atticisme parisien, tendance française qui réunit l’idéal classique, l’expression juste, la sobriété des moyens et le recours à l’antique le plus épuré. La Présentation de la Vierge du Temple répond à ce courant. L’œil gravit les degrés de l’escalier, élément majeur de la composition, où le peintre n’a pas hésité à signer « Stella f.(ecit) » et remonte jusqu’à la jeune Marie, qui se fait proche, humaine et simple.

Jacques Stella, au sommet de sa carrière et proche de la Couronne

Fils d’un peintre et marchand d’origine flamande établi à Lyon, Stella se rend en Italie où il devient célèbre. A Florence d’abord, dès 1617, où il réalise des travaux pour les Médicis et où il rencontre l’artiste lorrain Jacques Callot ; à Rome ensuite, en 1622. Il y devient, après Simon Vouet et à l’instar de Nicolas Poussin, l’un des peintres les plus prometteurs de la communauté française, bénéficiant de la protection des Barberini. Il noue des liens étroits avec le Poussin, avec lequel il partage le goût de l’antique. Quand il quitte Rome en 1634, avec le maréchal Charles Ier de Créquy, ambassadeur de France, il préfère se mettre au service du cardinal de Richelieu plutôt que de travailler pour Philippe IV d’Espagne. Le cardinal le présente au roi, lui offre un logement au Louvre, lui passe plusieurs commandes et facilite celles que la Couronne lui destine. Stella travaille notamment au château vieux de Saint-Germain en Laye et au Noviciat des Jésuites à Paris (église détruite). Nommé peintre du roi, le peintre reçoit en 1645 une ultime distinction : il est fait chevalier de l’ordre de Saint-Michel.