Jean II Caravaque

Portrait de Nicolas de Ranché, commissaire général des Galères de France, vers 1722

Médaillon ovale en marbre blanc, 63 x 50 cm

Le grand médaillon de marbre blanc représentant Nicolas de Ranché (v. 1660-1738) permet d’évoquer une figure méconnue de la Marine royale, ainsi que Jean II Caravaque (1673-1754), un artiste méridional qui a participé à la politique royale du marbre et a intégré dans sa production divers styles et influences.

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Notice détaillée

Un portrait sculpté réaliste et hors du temps

 

L’œuvre, en bel état de conservation, offre les traits d’un homme qui a fait toute sa carrière dans la Marine royale. Il devient en 1687 « contrôleur des fortifications aux îles d’Amérique », puis en 1702 « commissaires des Galères », lesquelles sont situées à Marseille depuis 1665. En 1722, il est « commissaire général des Galères ». Alors que la marine à rame est en déclin, Louis XIV constitue la plus imposante des flottes de galères d’Europe et un important réseau d’arsenaux, espaces de construction et de réparation des vaisseaux. Marseille est le seul port de commerce où une base navale est implantée au sein de l’espace portuaire. C’est sans doute au moment où il prend ses nouvelles fonctions que Ranché commande son portrait sculpté qui se compose d’un médaillon ovale de marbre blanc et d’un cadre de bois doré et sculpté d’origine. L’artiste a ingénieusement disposé à l’arrière une armature métallique de renfort qui permet de solidifier l’ensemble du relief et d’équilibrer les masses ; un exploit technique qui suggère la participation du frère de l’artiste, Joseph Caravaque (1680-1758), inspecteur de la menuiserie de l’arsenal. 

Ce portrait en bas-relief est à la fois plein de vraisemblance et de solennité antique. Si la perruque et le jabot déployé, « à la française », sont contemporains, le visage rappelle les portraits sculptés de la statuaire antique, notamment la période impériale romaine, dont on réinterprète les visages avec les yeux vides. Cette référence antique se décline ici avec un certain réalisme, à travers le réseau des rides d’expression, les sourcils épais et la caractérisation des traits. La tête se détache en avant, en haut-relief, tandis que l’habit contemporain du personnage déborde sur le cadre, créant un mouvement proche des formes baroquisantes et théâtrales italiennes. Inspiration antique, élégance française et style lié à Gênes s’accordent afin de rendre hommage à cet homme au faîte de sa carrière.

Une famille d’artistes proche du grand sculpteur Pierre Puget

La date de l’œuvre, déduite de l’inscription en lettres capitales dorées de la partie supérieure, ne permet pas de maintenir l’attribution ancienne à Pierre Puget et conduit plutôt à l’attribuer au Marseillais Jean II Caravaque, actif sur les chantiers des arsenaux royaux. La dynastie des Caravaque - ou Garavaque - compte plusieurs générations d’artistes, peintres et sculpteurs. Louis (connu de 1640 à 1665) et son fils Jean I, (connu de 1642 à 1675) s’installent à Toulon pour travailler sur chantiers royaux de l’arsenal, à l’instar de Pierre Puget avec lequel ils collaborent pour des décors religieux aujourd’hui disparus. Le fils de Jean I Caravaque, François (mort en 1698), se forme à Paris à partir de 1671 et obtient le second Prix de Sculpture à l’Académie en 1674. En 1669, les liens familiaux se resserrent encore davantage quand Jean-Baptiste Caravaque, conducteur des ouvrages de menuiserie des galères et des bâtiments de l'arsenal, et le demi-frère de François, épouse une nièce de Puget. De cette union naîtront trois fils : Louis (1681-1754), peintre à la cour de Pierre le Grand, puis Joseph (1680-1758), inspecteur de la menuiserie de l’Arsenal, et enfin Jean II (1673-1754).

Un artiste polyvalent qui fournit le roi en marbres

Jean II Caravaque travaille d’abord sur le chantier du mausolée de Mgr Ludovic Habert, à Perpignan, puis donne des plans pour les arcs de triomphe relatifs à l’entrée à Marseille des ducs de Bourgogne et de Berry, petits-fils de Louis XIV. Il participe à l’inspection des marbres de Provence en 1712, avant d’être nommé inspecteur en 1738. Chef des sculpteurs du roi à l’Arsenal à partir de 1706, il inspecte donc les carrières et assure d’importantes missions à Carrare en 1713-1714 pour fournir le roi de France en marbres. Il réalise cependant très peu de sculptures. Il convient de mentionner la commande qu’il reçoit en 1718 pour la façade de l’Hôtel de Ville de Marseille et son buste de Marie-Louise de Savoie des années 1708-1714 (musée du Louvre). Il ne se limite pas à la réalisation des riches ornements des navires, signes de la magnificence royale depuis le ministre Colbert. Artiste formé à différentes techniques, il travaille avec autant d’adresse le bois, la pierre, le stuc et le bronze.

Ce portrait en marbre de Nicolas de Ranché permet ainsi d’évoquer les thèmes liés à la Marine royale et aux Galères, à l’importance de Marseille, aux arsenaux royaux de la Méditerranée et aux échanges artistiques entre la France et l’Italie.

 

Pour aller plus loin

  • BILLIOUD, J., « Une dynastie d'artistes provençaux, les Garavaque », Marseille, n° 36, p. 3-14, 1958.
  • ROFFIDAL Émilie, Histoires sacrées. Mobiliers des églises marseillaises et aixoises au XVIIIe siècle. Publications de l’Université de Provence, p. 313, 2008.
  • ZYSBERG, André, « l’arsenal, cité des galères à Marseille au siècle de Louis XIV », Dix-septième siècle, n°253, p. 639-656, 2011. 
  • BOUDON-MACHUEL, Marion, SARTRE, Fabienne, « Le combat n’est point douteux, voici un bloc qui s’offre à vous servir », Bulletin du centre de recherches du château de Versailles, 2016 (en ligne).