Charles Le Brun (1619 – 1690)

Le Char d'Apollon, Huile sur toile, 58 x 66 cm, vers 1660

Acquis en 2019, ce tableau provenant d’une grande collection bretonne, illustre l’art décoratif du milieu du XVIIe siècle, dominé par le peintre Charles Le Brun, que Louis XIV choisira comme Premier peintre et directeur de la Manufacture royale des Gobelins.

L’ascension du talentueux jeune Charles Le Brun

Le jeune Charles Le Brun a connu une réussite précoce. Il rencontre vers 1635-1636 le chancelier Séguier, grâce à l’un de ses cousins Mathurin Renaud de Beauvallon. Le chancelier loge Le Brun, le place dans l’atelier de Simon Vouet, puis lui suggère de suivre Poussin qui retourne à Rome. Dans la Ville éternelle, le jeune peintre étudie ce grand maître et l’Antique, mais aussi tous les décors plafonnants, dont celui de Pierre de Cortone au palais Barberini, qui lui permettent d’affirmer à son retour en France, en 1646, sa réputation d’excellent et habile décorateur. Le Brun reçoit alors un grand nombre de commandes religieuses et privées. Cette esquisse appartient à cette première période française qui correspond aux débuts de l’Académie royale de peinture et sculpture, fondée en 1648. Le Brun tient une place prépondérante dans cet événement, par sa proximité avec Séguier qui joue un rôle majeur dans l’établissement de l’institution. Durant les années 1650, Le Brun entre dans une période riche en chantiers décoratifs : commandes religieuses telles que le carmel de la rue Saint Jacques, le séminaire de Saint-Sulpice…, et projets civils, pour Jérôme de Nouveau, surintendant des Postes, l’abbé de la Rivière, Nicolas Lambert ou Nicolas Fouquet.

Une commande inédite pour le surintendant Fouquet

Cette esquisse représente le char d’Apollon traversant le ciel, chassant les ténèbres ainsi que la figure de sa sœur, la déesse Diane, portant son croissant de lune. Le peintre y révèle les leçons des décors romains illusionnistes et tourbillonnants. Sa destination n’est pas connue, mais Guillet de Saint-Georges indique, dans sa vie de Le Brun (conférence de l'Académie..., t. II, vol. II, p. 529) : "M. Fouquet l’employa aussi à Saint-Mandé qui est auprès du bois de Vincennes, et on y voit le plafond d’un salon où M. Le Brun a représenté le Soleil levant avec tous les accompagnements convenables au sujet"). Fouquet, alors surintendant des finances de Louis XIV, a acheté en 1654 à Catherine de Beauvais, femme de chambre d'Anne d'Autriche, une propriété à Saint-Mandé. Le surintendant y fait rebâtir cette demeure célèbre pour ses jardins, préfiguration des splendeurs de Vaux. Il est vraisemblable qu’il s’agisse donc du modello (tableau fait en petit pour le commanditaire) de ce décor disparu.

On a fait observer que Le Brun a repris le motif de Diane sur son char pour l’alcôve de la chambre des Muses au château de Vaux-le-Vicomte, autre résidence fameuse de Nicolas Fouquet.

Le Brun à l’assaut des voûtes et au service du Soleil

Ce sujet du Char d’Apollon s’inscrit dans cette série de décors peints autour du thème du cycle de la nature, pour lequel on retrouve les symboles récurrents du Soleil, des saisons, des signes du zodiaque, etc. Dans le décor (perdu) d’une des salles de l’hôtel de Jérôme de Nouveau place des Vosges, le Lever du jour est personnifié par Apollon quittant la nymphe Thétis pour monter sur son char. Dans le Grand Cabinet de l’hôtel de l’abbé de la Rivière, le thème du Lever du jour réapparaît. A Vaux-le-Vicomte, Le Brun avait projeté de peindre à la voûte du Grand Salon une vaste composition représentant le Soleil entouré des Saisons. Le sujet est également sollicité dans les années 1660, après la disgrâce de Fouquet en 1661. Il conçoit pour le roi le décor de la Petite Galerie du Louvre, dite Galerie d’Apollon, où il adapte le thème de la course d’Apollon, maître du cours des mois, des jours et des saisons. Ce décor est resté inachevé, Louis XIV privilégiant bientôt les chantiers de Versailles. Enfin, vers 1671, Le Brun reprend une dernière fois ce même sujet, au service de Colbert, pour le pavillon de l’Aurore de son domaine seigneurial de Sceaux.

Principal maître d’œuvre des chantiers royaux des années 1660, Le Brun a su développer des programmes iconographiques ambitieux fondés sur l’image du Soleil qu’il emploie très tôt, rendant hommage à cet astre central dans l’ordre du monde – la devise de Louis XIV.

Bibliographie

Bénédicte Gady, L’ascension de Charles Le Brun : liens sociaux et production artistique, préface de Jennifer Montagu, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2010.

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