Philippe DE CHAMPAIGNE (1602-1674)

Portrait de Louis de Béthune, comte, puis duc de Charost (1605-1681)

Huile sur toile, 72 x 60 cm, vers 1655-1665,
Inscription en haut de la toile : Le Marquis de Charost

Découverte interactive de l'oeuvre

Notice détaillée

Le comte de Charost, un militaire à la carrière exemplaire

Acquis en 2021 par le musée du Grand Siècle, ce portrait qui n'avait jamais été exposé au public, livre les traits de Louis de Béthune, comte de Charost, capitaine des gardes du corps du roi et chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit : une inscription (postérieure) portée sur la toile permet d'en identifier le modèle. L'attribution de cette œuvre longtemps anonyme à Philippe de Champaigne, provient des points communs avec les portraits d'hommes en armure réalisés par ce dernier (par exemple, le Portrait de Louis XIII conservé au musée du Prado) ou qui nous sont connus par le biais de la gravure (Portrait d'Henri d'Orléans, duc de Longueville, Portrait de Nicolas V de Neufville de Villeroy).

Dans son numéro de mars 1681, le Mercure galant saluait la mémoire du comte de Charost, "qui a rendu de fort grands services dans toutes les occasions de guerre qui se sont offertes depuis près de soixante ans". Maître de camp du Régiment de Picardie aux sièges de La Rochelle (1628), de Privas (1629), Pignerol (30 mars 1630), ce neveu de l'illustre Sully s'était distingué durant la guerre de succession de Mantoue, à l'attaque du Pont de Carignan et au Combat de Veillane (juillet 1630) mené contre les armées commandées par Ambrogio Spinola. Ces hauts-faits lui valurent d'obtenir le gouvernement des places fortes de Stenay, Dun et Jametz (1634) tout juste cédées à Louis XIII par le duc de Lorraine. Promu maréchal de camp, Charost se signale au combat par son courage, même devant la défaite : acculé avec ses trois cents fantassins devant une armée de neuf mille polonais, il sut soutenir l'attaque "avec tant de fermeté et de vigueur, que sans s'étonner de voir son cheval tué de neuf coups sous lui, il essuya tout le feu des ennemis". En 1636, il affronte l'armée espagnole à Amiens et à Abbeville, et obtint le gouvernement de Calais. Il participa ensuite aux sièges d'Aire-sur-la-Lys (1641) et de Gravelines (1644) et défend avec bravoure sa ville de Calais assiégée par les Espagnols en 1657.

Un portrait de militaire par Philippe de Champaigne

En 1634, l'estime et la protection de Richelieu lui permirent d'accéder à la charge de Capitaine de la troisième compagnie des gardes du corps du roi. La faveur dont bénéficiait Charost se poursuivit au-delà de la mort du ministre de Louis XIII; si l'on en croit Saint-Simon : « Mazarin qui se piqua d'aimer et d'avancer tout ce qui avait été attaché au cardinal de Richelieu, rechercha l'amitié du comte de Charost, et le mit en grande considération auprès de la reine mère, et ensuite auprès du roi qui le regardèrent toujours comme un homme de tête et de valeur, et d'une fidélité à toute épreuve ». Le personnage s'est en effet distingué par une loyauté hors du commun envers son collègue le marquis de Gesvres, capitaine de la première compagnie des gardes du roi, au risque d'encourir la colère d'Anne d'Autriche. Cela lui vaudra une disgrâce passagère, avant d'être rétabli dans ses fonctions, qu'il occupera jusqu'en 1663. Il accéda à la dignité de duc et Pair en 1651.

Fidèle au-delà des normes, loyal au-delà de la mort, "il se fit un principe de demeurer uni avec tout ce qui avoit tenu au cardinal de Richelieu, qu'il appelait toujours son maître et dont il avait force portraits, quoique sa mémoire ne fut pas agréable à la reine-mère". Il n'est donc pas étonnant qu'au moment de se faire peindre à son tour, Charost ait souhaité se tourner vers le portraitiste favori du cardinal, l'"Apelle de cet Alexandre" comme le surnommait l'historien Henri Sauval.

Le tableau présente de très beaux passages qui permettent d'y reconnaître la manière de Philippe de Champaigne. Le modelé du visage accuse une précision dans le dessin et une subtilité dans le travail des nuances de glacis roses montées sur des tons gris clair que l'on retrouve dans de nombreux portraits autographes de l'artiste. On observe également une recherche méticuleuse du détail dans le rendu de la chevelure, un soin particulier apporté à la description du col de dentelle. Par ailleurs, le traitement de la main, aux articulations précises, laisse percevoir une autorité certaine du pinceau. Les volumes y sont indiqués par de petites touches courtes et orientées tout à fait caractéristiques de l'écriture de Champaigne. Un examen visuel de l’œuvre laisse apparaître des  ajouts tel que celui du cordon du Saint-Esprit sur l'armure du modèle ou encore l'inscription permettant de l'identifier) et des restaurations anciennes sur des zones endommagées sans doute par de mauvaises conditions de conservation. Depuis, le tableau a pu bénéficier d'une restauration qui a permis de lui redonner son éclat. Elle a fait réapparaître une zone interprétée comme un repeint sur la tempe, pour mettre à nu ce qui paraît être un gros grain de beauté sur la tempe du modèle, masqué par un repeint postérieur. Ce détail n'était pas visible en 2015.

L'âge apparent du modèle – une cinquantaine d'années – permet d'envisager une datation dans les années 1655-1665, ce qui s'accorde bien avec le style du tableau : le cadrage est large, laissant voir l'amplitude du buste et les bras du modèle. Le réalisme de la main tenant fermement le bâton de commandement n'est pas sans rappeler le geste énergique de Robert Arnauld d'Andilly (1667), chef-d’œuvre des dernières années de l'artiste, aujourd'hui conservé au musée du Louvre. 

L'inscription qui se lit en haut de la toile est, de toute évidence, postérieure à la date de réalisation du tableau : sa graphie est caractéristique du début du XVIIIe siècle et elle est imprécise sur l'identité du modèle qu'elle qualifie de « marquis », titre que Louis de Béthune n’a jamais porté. Cependant, ni son caractère apocryphe, ni l'imprécision quant au titre du personnage ne remettent en doute l'identification avec Louis de Béthune, comte, puis duc de Charost. En effet, les volumes de la collection Clairambault consacrés aux chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit et compilés entre 1670 et 1760 (Paris, BNF, Département des manuscrits), conservent une copie dessinée d'après cette composition, et dont la légende confirme bien l'identité du personnage représenté. Par ailleurs, le château de Sully-sur-Loire conserve dans sa galerie familiale de portraits en pied du XVIIIe siècle, un tableau de Louis de Béthune, duc de Charost, visiblement dérivé de la composition de Champaigne. On note que le grain de beauté révélé par la restauration n'apparaît pas sur ces œuvres.

Place de l’œuvre dans la collection du musée du Grand Siècle

Les œuvres de Philippe de Champaigne sont relativement rares sur le marché de l’art. La donation de Pierre Rosenberg comprend des compositions religieuses de Champaigne (Vierge de l'Annonciation, l'Adoration des bergers, Étude de tête de vieil homme préparatoire à la Présentation au Temple du musée de Dijon), mais pas de portraits de celui qui fut, par ses pinceaux, le plus fin observateur de la société de la Cour et la Ville au milieu du XVIIe siècle. Le portrait de Louis de Béthune Charost permet d'évoquer tout un pan de l'histoire politique et militaire du XVIIe siècle, les efforts menés par Louis XIII et Richelieu pour desserrer l'étreinte des Habsbourg autour de la France durant la Guerre de Trente ans, prélude à la politique de conquête menée plus tard par Louis XIV. Il s'agit de plus de l'un des membres éminents de cette grande famille des Béthune qui s'est illustrée durant le Grand Siècle.

1 Mercure galant, mars 1681, p. 330-337.
2 Idem.
3 Saint-Simon, Louis de Rouvroy duc de Chéruel (éd.), Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la Régence, Paris, Hachette, 1862, t. VI, p. 171.
4 Idem.

 

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